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 < Story Notes >

Couverture de 1998

Le projet initial : Quand un roman arrive à son terme, Bill, mon éditeur à Transworld, me convoque à chaque fois afin que l’on ébauche des idées pour le prochain projet. J’avais tout juste fini NymphoRmation, dont l’écriture n’a cessé de me causer des problèmes, et je cherchais une option plus reposante, plus simple. « Pourquoi ne t’accorderais-tu pas une pause ? » me proposa Bill. « Rassemble tes nouvelles et autres petites histoires, peut-être ajoutes-en quelques inédites ». OK, d’accord, on peut faire ça.  L’ennui, c’est que quand je suis arrivé chez moi et que j’ai dépoussiéré mes vieux fichiers, je me suis arraché les cheveux en découvrant que, d’accord, il y avait des bonnes idées par-ci et par-là mais que le canevas de nouvelles ne faisait pas partie de mon répertoire. Le roman me permet de partir fou, de faire des excès, et j’ai toujours pensé que mon travail devenait meilleur quand il arpentait les tangentes les plus étranges. En toute honnêteté, je n’étais pas satisfait de proposer simplement un assemblage de vieux trucs, ça n’aurait eu aucune valeur. J’ai décidé qu’à la place j’allais écrire toute une flopée de nouvelles histoires, pour voir ce qui en ressortirait. Juste pour savoir s’il m’était possible de couper court au problème des nouvelles. Bien sûr, ce fut tout le contraire de l’ « option reposante » de départ, mais la vérité est que j’adore travailler.

 

Couverture de 2000

Première projet : j’ai conservé le peu d’histoires en lesquelles j’arrivais encore à croire, les ai arrangé dans un certain ordre, puis ai commence à réfléchir à de nouvelles qui pourraient toutes les lier. Je suis arrivé à l’idée d’écrire un recueil de nouvelles fonctionnant comme un tout, avec beaucoup de liens, d’effets miroir, de surprenantes connexions. Peut-être avec une trame cachée derrière tous ces historiettes. J’étais déterminé à créer quelque chose qui exposerait mes différentes techniques d’écriture, un roman qui serait explosif de style, de langage et de sens. Un livre de mystères. Quelque chose de curieux et d’alléchant. J’ai donc cherché à ce que le livre détienne des surprises, comme quelques nouvelles du monde réel, si vous voulez. J’ai commencé à traquer des anciennes idées de livre sur des notes éparses. J’en ai rapidement eu assez pour me lancer et commencer l’écriture. C’est arrivé très vite, au vu de la diversité de matière disponible. Une histoire en amena à une autre, tout comme je récupérai les fins ratées d’une nouvelle pour en faire la base d’une autre. Le nombre magique de 50 histoires se fit évident. Etant donné la diversité du livre et sa nature quelque peu chaotique, mettre exactement 50 histoires semblait être une manière d’annoncer qu’il y avait un principe fédérateur derrière. J’ai de nouveau arrangé les histoires dans un ordre approximatif, de l’innocence à l’expérience, et l’ai envoyé à Bill pour lui demander ce qu’il en pensait.

Couverture de mai 2000

Deuxième projet : Bill fut enthousiaste sur l’ensemble, disant qu’il aimait le concept global et les différents styles. Il nomma quelques histoires qu’il n’appréciait pas trop (notamment celles existant avant mon remaniement), j’ai tenté de les remixer, mais ai finalement dû les retirer toutes. Gardant précieusement le nombre 50 en tête, je devais donc remplacer les nouvelles supprimées par d’autres. Le principal problème que Bill avait vis-à-vis du livre était l’ordre des histoires. Il est arrivé avec l’idée de les séparer en quatre parties, peut-être avec chacune son propre titre et sa propre sensibilité. Son idée était de commencer avec les récits les plus « normaux », et d’ensuite travailler les nouvelles les plus barrées. Chaque section devait refléter ce processus : la norme vers l’étrange. J’étais partant, et ai par conséquent réarrangé les histoires, en les classant sous quatre titres correspondant à quatre concepts. Ça n’arrivait jamais à faire parfaitement sens, mais au moins le livre commencé à avoir une silhouette d’ensemble.

Troisième projet : en le relisant, j’ai pris définitivement position sur certaines histoires, décidant qu’elles n’étaient pas au niveau. Encore une fois celles-ci ont du être remplacé ; encore du travail supplémentaire. Ce qui est drôle, c’est que certains de ces récits de dernière minute, rapidement écrites, sont peut-être les plus intéressants – mais ça se passe souvent ainsi. Je suis un grand fan des changements de dernière minute ! Quoi qu’il en soit, le livre était enfin complet. Ici se trouve quelques notes, pensées, fantaisies, à propos de chaque histoire, chacune à leur tour, pour n’importe qui qui serait intéressé par cette espèce d’ouverture. »

Jeff Noon (Source : Metamorphiction)

Illustration de l’e-book 2012