Extrait d’intrabasses #craméd’amour

Si vous êtes ici c’est que vous devez connaître le goût certain de Jeff Noon pour le virus, le remix. intrabasses en est peut-être la quintessence. Voici le chapitre où intervient le mix original « Scorched Out for Love ». Pour le reste… ça se passe ici. Bonne lecture et bonne écoute de l’extrait de la BO correspondant !

 

 

cramé d’amour, mix original

fort / rythmes insidieux / caisse claire et rimshots, comme une averse / crépitement soutenu d’une cymbale / grosse caisse qui débarque sur le troisième temps / prise dans une boucle / danse rythmique / la batterie seule, et rien d’autre, jusqu’à ce que donna se lance dans une complainte douce

j’attends que le monde apprenne
les contours de ta peau
mais quelles couleurs prendras-tu
dans le monde en flammes

je m’attendais à une explosion passionnelle / mais sa voix est pleine de calme / des degrés de contrôle, presque au bord d’une métamorphose / une voix perdue, indifférente / les mots étirés / blessés d’un savoir secret
batterie et voix / mélopée
jody démarre au second couplet / de ses platines sort un frémissement / les doigts font tourner le plastique, le bloquent / libérer / bloquer / libérer / construire un son / une caresse de notes volées autour du chant, serrées / à la fin du couplet elle a réussi à chambouler l’ambiance / la faire trembler, succomber
puis exploser / elle a dû enfoncer un bouton / allumer un kaléidoscope pré-enregistré / ce hurlement soudain de cordes étirées / le vinyle crisse et crépite / des machines pleurent et grattent du feu, à bout de portée de nerfs / jusqu’à ce que la lame de son se coince dans les ténèbres et me saute dessus / dans le refrain, et donna laisse percer une pointe d’émotion

c’est ainsi qu’est le monde, ami
quand un monde touche à sa fin
on le jette à tout jamais
pour recommencer

ça descend / descend encore
pas lent, mais comme du poison sur le rythme / jody lance un autre disque sur la platine / incisions de guitare bootleg, étranglée / très familière, arrachée au sillon par magie / c’est le filon crucial / la veine principale / il y a encore un boulot énorme, d’accord / mais donna chante, un miel tragique coule goutte à goutte, mot à mot, entre chaque temps / et la folie méthodique de la dj sur les samples et les scratch / franchement, si c’est le résultat de trois mois de boulot, c’est stupéfiant
mais surtout, oh surtout, la batterie / ce 2spot, il joue bien / entendez-le qui éventre le troisième couplet par des explosions saccadées / et bas / bas plat funky / il tient / il tient / ça vole en éclat, ça pète
jésus au fond du sillon / si j’ai attendu ça / toute ma vie, je crois / tous les projets sans issue, les concerts foireux / les chanteurs répugnants, les chansons de merde / les contrats pourris / la défonce et l’alcool et le blues à la manque / les minables marchands de batterie / toute cette merde / enfin, enfin / de l’amour sur les peaux, pour de vrai, où glisser mes injections de basse
écoutez ça / éclats décalés d’une cymbale / animée d’étincelles / et une tension criminelle que les scratchs de jody saisissent et rejettent / au fond de la cave, à l’autre bout de la ville, fil de son tendu à se rompre / volume incurvé / et tous les parfums du bruit / glissent disparaissent
et pendant tout le morceau / ce foutu chat / gallagher, il s’appelle / ce sac à puces roupille / sur l’ampli, comme s’il s’imbibait de musique jusqu’à la dernière goutte
un dernier flux funky
fini
le silence crépite

No comments yet.

Laisser un commentaire

*