spoRE: MIX 7:[31-35]

Arrêt sur image : Une vie se liquéfie.

Lady Gaga arrive à l’interface Terre/Lune. Les gardes-frontières lui refusent le passage, non seulement parce que ses papiers ne sont pas à jour, mais, plus important, parce qu’elle ne ressemble absolument pas à ses photos de pubs, et pour cause : tous ses habits de haute couture sont restés à la maison.

Lady Gaga reste seule, pleurant à la frontière. Le village lunaire miroite au-delà de l’interface, un royaume idyllique qui ne peut être atteint. Pour l’instant, son corps est le seul monde qu’elle peut traverser.

A New York, des scientifiques se proposent de l’examiner.  Des experts et des journalistes people discutent d’elle à la télévision, et tentent de réparer son image à l’aide de toiles d’araignée, de colle et d’autres recettes du show-biz. Lady Gaga les laisse faire, en gardant le sourire.

La Lune a disparu de son horizon.

C’est pourtant tout ce qu’elle a toujours voulu, visiter la lune. Pas y chanter, ni y danser, mais marcher le long d’une route sablonneuse tout en voyant apparaître la planète bleue au bord de son satellite, son souffle nourri par un tube. Au lieu de cela, elle visite quotidiennement les archives des rêves perdus. En privé, elle joue du Chopin, ingurgite des crackers et étudie la sculpture sur nuage par internet.

Avant, Lady Gaga n’existait que pour être au plus près de nous, par caméra interposée. Si près que son piano caressait nos yeux. Elle a toujours été une actrice ; elle l’est doublement désormais, jouant le rôle d’elle-même qui jouerait son propre rôle.

Un jour pourtant, le secrétaire d’État à la souffrance la convoque. C’est un grand fan de son travail, alors, en secret, il lui confie les clés d’une capsule de sauvetage, un modèle déclassé qui appartenait à la Maison blanche. La mission est lancée : vers quelque obscure mer de poussière grise, loin des enclaves lunaires.

La gravité la tient encore, mais d’une main plus douce.

Caught on camera: a life turned liquid.

Lady Gaga arrives at the Earth/Moon interface. The border guards will not allow her through, because her papers are not in order, and more importantly, she looks nothing like her publicity shots: all her designer outfits have been left at home.

Lady Gaga is left crying at the frontier. The lunar village shimmers beyond the interface, a paradise realm that cannot be touched. For now, her body is the only world she may travel towards.

Back in New York, scientists step forward to examine her. Experts and professional gossips discuss her on television, and try to repair her image with spider webs, glue, and show-business voodoo. Lady Gaga lets them have their way, with a smile.

The moon has disappeared from her sky.

That’s all she ever wanted, to visit the moon. Not to sing there, not to dance, but to walk along a powder road as the blue Earth appears on the satellite’s rim, her breath fed to her through a tube. Instead, she visits daily the Archive of Lost Dreams. In private, she plays Chopin and eats crackers and studies cloud-sculpting on the internet.

Once, Lady Gaga existed only to stand so close to us, through the camera, that her piano caressed our eyes. She was always an actress; now doubly so, playing the role of herself playing herself.

Until one day the Secretary of National Pain summons her. He’s a huge fan of her work, and so, in secret, he hands over the keys to an escape pod, a decommissioned White House model. Mission undertaken: towards some obscure sea of grey dust, far from the lunar enclaves.

Gravity will still hold her, but with a gentler hand.

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  1. Illustration pour spoRE: MIX 7:[31-35] – Jeff Noon - 20/09/2012

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